Formations Christine Nougarolles

Episode spécial week end : discussion avec une amie… (première partie)

Comme le week end dernier, j’ai choisi de casser la routine des épisodes quotidiens - qui ne l’ont d’ailleurs pas été cette semaine…quotidiens ! - en couchant le magnifique échange vécu cet après-midi avec une amie au téléphone. J’ai mis en gras des idées intéressantes, déjà abordées dans les épisodes déjà parus (et en italique, quelques commentaires ou renvois aux épisodes passés).

Précision : cette amie a deux enfants, un p’tit gars à l’école élémentaire, une demoiselle au collège, les enfants, depuis le début du confinement alternent une semaine chez le papa et une semaine chez la maman. Les prénoms ont été changés (Ulysse et Pénélope), la maman est au courant du projet et elle a pu relire le dialogue.

 

  • Allo ? salut, comment ça va chez vous ?
  • Plutôt bien, compte-tenu de la situation, on vit à la montagne, avec un jardin, donc c’est vraiment confortable, et chez toi ?
  • Ça va, on s’organise, on essaie des choses, c’est un sacré moment de réflexion qu’on a devant nous…
  • Je suis bien d’accord ; comment ça se passe avec les enfants ?
  • La première semaine, après quelques jours un peu compliqués où ils se sont « cherchés », on a opté pour séparer les enfants et ça a été plutôt une bonne idée parce que chacun a eu son moment privilégié avec un parent et l’atmosphère s’est détendue.

(ces deux enfants ne sont pas du tout dans le même plan de développement, leurs préoccupations de vie ne se ressemblent pas et même s’ils sont frère et soeur, cette cohabitation nouvelle - hors vacances ou week end - peut être source de conflit ou de mal-être ; ils ont l’habitude d’être avec leurs pairs à l’école, dans leurs activités extra-scolaires…).

  • Est-ce que Ulysse et Pénélope ont beaucoup de travail scolaire chaque jour ?
  • Holà, m’en parle pas ! avec Ulysse, la première semaine on tournait à deux fois deux heures par jour et parfois même plus, je me suis mis la pression, j’avais l’impression qu’il fallait qu’il fasse tout, mais tu sais, il est plutôt lent… il faut lâcher prise pour tenir à côté de lui… et puis il regarde ailleurs, pense à autre chose ou n’a pas du tout envie…

(le temps de l’enfant et le temps de l’adulte, les objectifs de l’un et les objectifs de l’autre)

  • C’est vraiment difficile ce qu’il vit là et ce que ça te fait vivre à toi aussi : Ulysse a perdu ses repères (peut -être a-t-il l’habitude de chercher des renseignements accrochés au mur par ses enseignants, parfois des « règles », parfois des récapitulatifs), les routines et le cadre de l’école (il n’y a plus les camarades qui travaillent à côté de lui, avec lesquels il pourrait se mettre « en miroir », l’adulte n’est plus son enseignant) et toi tu te retrouves à faire un « métier » qui n’est pas le tien… Comment avez-vous organisé ce temps particulier dans vos journées?

 

  • Alors, j’essaie de lui dire qu’on commence à telle ou telle heure, mais parfois on repousse, on repousse,… ou bien je dois insister parce que là il n’a pas envie… parfois je craque, lui aussi…(on va parler de libre choix, bientôt),  j’ai quand même essayé des trucs pour le rendre plus autonome. Par exemple, je lui propose de travailler 10 minutes sans m’appeler et moi je fais quelque chose pas loin. Mais je vois bien comment il fait, il essaie et très vite il regarde en l’air ou autour de lui et puis il me regarde et il ouvre la bouche comme pour m’appeler à l’aide, mais se ravise…c’est dur, il n’y arrive pas…
  • Tu sais, chaque parent a son propre cadre, dans la vie, hein, le cadre qu’il s’est donné de part sa propre éducation, ses croyances, ses habitudes, les compromis fait avec son ou sa conjointe, ses rencontres ou ses lectures.  Alors, dans mon cadre à moi, particulièrement inspiré par Maria Montessori, je pense que les enfants, à l’âge de Luc, ont particulièrement besoin de travailler avec des enfants sensiblement du même âge, ou au moins dans la même « tranche d’âge » (entre 6 et 9 ou 9 et 12 ans, tu vois ?). C’est important qu’ils puissent s’observer en train de travailler, mais pas seulement : il faut qu’ils puissent discuter, se donner leur avis, s’entre-aider mutuellement aussi. Un enfant ne comprend jamais aussi bien une notion que lorsqu’il doit l’expliquer à un camarade ! Pourquoi ? Parce qu’au fur et à mesure de son explication ou sa présentation, il va s’ajuster à la réaction de ce camarade, s’il sent que le message ne passe pas ou mal, il va recommencer, jusqu’à ce que l’autre soit OK. Celui qui apprend comprend de mieux en mieux et la cerise sur le gâteau c’est que celui qui enseigne approfondit ses connaissances et assoit son savoir. (en Allemagne, il existe « lernen und lehren » : « apprendre et enseigner ». Les enfants sont encouragés à apprendre une notion et à l’expliquer aux autres, à leur enseigner. Dans les écoles Montessori, le mélange d’âges dans une même « classe » permet aussi ces échanges du plus âgé vers le plus jeune, par exemple).

 

  • Tu penses que ça pourrait être intéressant que Ulysse fasse ses devoirs avec un copain, en vidéo par exemple ? Bon, en admettant que ce ne sera pas comme un « moment d’écran », hein ?!
  • Tout à fait, ça vaudrait le coup d’essayer en tout cas ; voir si le fait de faire leurs devoirs « ensemble » bien qu’à distance, pourrait les motiver, c’est important la motivation !

 

  • Mais y a pas un risque qu’ils se mettent à discuter et oublier les devoirs qu’ils ont à faire ?
  • Si, bien sûr ! La présence des parents serait indispensable, avec eux au départ et peu à peu avec une distance peut-être, mais jamais loin car ils ont besoin de ce cadre donné par la présence des adultes. A l’école, même dans des classes à plusieurs niveaux,  l’enseignant est là ; en « école à la maison » pour les familles qui la pratiquent à l’année, les enfants ne sont pas laissés complètement seuls ou entre frères et soeurs, même si l’adulte-parent travaille en parallèle ou fait quelque chose pour la vie de la famille. J’aime bien comparer la classe ou la famille avec une équipe ou un orchestre : chacun a son rôle, mais il ya un coach indispensable, un « centre » qui permet l’équilibre du groupe…

 

  • Est-ce que ça l’aiderait à devenir autonome ? Parce que ça c’est pas gagné, c’est dur de devoir tout le temps lui demander de faire les mêmes choses et de finir par les faire parce que ça ira plus vite ou ça évitera les colères…

(le temps de l’enfant et le temps de l’adulte, les objectifs de l’un et les objectifs de l’autre)

 

  • L’autonomie, c’est pas un objectif en soi et surtout elle n’est pas atteinte pour la vie ; un enfant peut devenir autonome dans son habillage mais pas encore dans sa capacité à se préparer un repas, un jeune adolescent peut devenir autonome dans son réveil et sa préparation le matin, sans être encore capable de penser au pique-nique qu’il doit emporter… quelle que soit la nature de l’autonomie, elle est toujours le résultat d’une construction intérieure. Et finalement, les adultes auront toujours tout à gagner à en faire le moins possible à la place de leur enfant pour que cet enfant y parvienne seul, selon ses aptitudes bien sûr. (il va construire progressivement ses « outils de la vie »). Tu te souviens, quand ils étaient petits à quel point tes enfants voulaient « faire tout seuls » et quel goût de l’effort ils avaient ?
  • Oui : se mettre debout pour marcher, attraper des objets bien trop haut pour eux, essayer de porter des objets très lourds, essayer d’enjamber quelque chose,… mais qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi, j’en suis arrivée, un jour, à « tout faire » à leur place ou au moins d’avoir l’impression que s’ils le faisait eux-même ce serait trop long ou pas comme il faut ?

 

  • J’ai l’impression qu’une partie de la réponse est déjà dans ta question… :)

(la suite demain…)

mise à jour au 16 juillet 2020 :

La campagne de voeux annuelle pour les formations Montessori en Orthophonie à venir en 2021 est PROLONGEE !!

vous la trouverez au bas de la page d'accueil du site, jusqu'au 31 juillet 2020 20h : les personnes qui auront participé à cette campagne seront prioritaires pour les inscriptions en septembre. Pour accéder au lien, rendez-vous sur le dernier billet du blog :)

 

Je reçois de nombreuses demandes pour rejoindre le groupe privé "Orthophonie et Montessori", mais je ne peux les accepter car ce groupe est réservé aux personnes ayant fait la formation.

Si vous souhaitez discuter de l'approche Montessori versée à l'orthophonie d'un point de vue général, vous pouvez rejoindre le groupe La Pensée Montessori en orthophonie :)