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Episode 6 : "comment lui « enseigner » la vie quotidienne en pratiquant le « il pourrait… » plutôt que le « il va… "

Episode 6  : "je suis un parent à la maison avec mon/mes enfant.s : comment lui « enseigner » la vie quotidienne en pratiquant le  « il pourrait… » plutôt que le « il va… »

Notre devoir de parents est donc d’aider notre enfant, sans faire à sa place, mais en lui donnant les clés pour devenir autonome. Nous répondrons ainsi à sa demande : « Aide-moi à faire seul ». Ces clés ne sont pas des « leçons » proposées à posteriori par l’adulte ; dans l’idéal, elles devraient répondre aux besoins de l’enfant, au plus près du moment où il l’exprime.

Pour qu’il exprime des besoins, il faut que l’enfant vive des expériences, qu’il évolue dans une certaine liberté d’essais-erreurs, accompagné par un adulte qui « marche » à côté de lui ou derrière lui plutôt que positionné en avant : l’adulte observe et attend le moment idéal, il n’est pas l’initiateur de cet apprentissage. Par exemple : ce garçon qui souhaitait porter des chaussures à lacets : les jours suivant l’achat, il essaie de reproduire ce qu’il a vu ou tente des manipulations improbables, mais il est en difficultés, à deux doigts de tout abandonner, les adultes qui sont avec lui finissent toujours par lui faire ses noeuds et il annonce un jour  en rentrant : « non, mais moi je sais jamais faire mes lacets !! ». Voilà le signal ! Ce signal vient directement de l’enfant qui demande qu’on l’aide ; cessant toute affaire en cours, on peut donc lui « enseigner »  les gestes. Répondant au bon moment, l’adulte transmet et l’enfant s’empare à « main le corps »  de cet enseignement qui va l’enrichir directement.

NB : c’est la même chose quand un tout-petit pointe du doigt un objet ou demande « c’est quoi ?! » : nous lui répondons au plus vite car le moment est précis .

La « présentation » va se passer très simplement : nous prenons le temps de nous installer avec l’enfant, à côté de lui pour éviter qu’il reproduise nos gestes en miroir (et donc à l’envers), idéalement à sa droite si on est droitier, à sa gauche si on est gaucher, et nous lui montrons lentement et sans parler, l’enchaînement de gestes à faire. Après quoi, il essaie seul ou nous pouvons l’accompagner peut-être pour ses premiers essais en replaçant la main ou l’objet. Enfin, nous n’avons qu’à le laisser « cent fois sur le métier remettre son ouvrage », c’est à dire : le laisser faire, recommencer, recommencer encore,… et en lui laissant le temps :)

Vous souvenez-vous de votre apprentissage de l’art de nouer vos lacets ? Qui vous a montré ? Comment ça c’est passé ? Vous souvenez-vous avec quelle concentration vous avez ensuite fait et refait ces gestes jusqu’à ce que ça devienne automatique ?

La posture est particulière : l’enfant est prêt, sa volonté est à son maximum, sa motivation aussi, on peut comparer ça à une force intérieure qui va soutenir son effort vers la construction de lui-même. Maria Montessori appelle cette force l’Homè, et elle compare l’esprit de l’enfant à une « éponge » en parlant d’ « esprit absorbant » : au moment précis où il est en demande, « en appétit », toute acquisition sera facilitée, sans effort apparent, il sera  « au taquet » et parviendra à son objectif ! Quand on observe de jeunes enfants, on peut véritablement assister à leurs conquêtes : l’énergie, la concentration et la volonté dont ils font preuve pour se mettre debout et marcher, ou bien pour porter cette grande bouteille d’eau, ou bien pour pousser ce gros fauteuil, mais aussi pour enrichir leur langage, pour écouter précisément des bruits nouveaux, pour voir de toutes petites choses,…  

 

Tous les gestes de la vie quotidienne peuvent (et doivent) être « enseigner », en prenant le temps de transmettre notre expertise, comme un maître compagnon transmettrait ses gestes à un apprenti. Nous avons vu dans l’épisode 3 que l’accompagner dans les gestes de la vie quotidienne, permet à l’enfant de construire ses « outils de la vie » : c’est bien d’une construction qu’il s’agit. L’enfant nous imite, mais attention, cette imitation n’est pas juste une copie à l’identique, c’est son appropriation d’un geste, il pourrait même les faire « à sa manière » peu à peu, créant là sa propre manière de faire à partir de l’exemple.

Il s’agit donc de rester disponible et proposer éventuellement une aide, mais pas de faire à la place de l’enfant. Une fois lancé, l’enfant va vivre la découverte de ce nouveau savoir et le construire, ce n’est pas comme un apprentissage passif, là il est acteur de sa nouvelle acquisition et il va enrichir « ses outils de la vie ». 

L’adulte est là en train d’aider l’énergie de l’enfant, la force qui est en lui, prête à jaillir pour qu’il parvienne à gagner en autonomie, l’adulte n’est pas en train de en faire à la place d’un pauvre enfant faible et incapable !

La situation est idéale ? oui, elle pourrait l’être ; mais il pourrait aussi y avoir un os. Ce moment est choisi par l’enfant, puisqu’il correspond à son besoin intérieur, mais que se passe-t-il si l’adulte, tout à son travail, dans ses pensées, ou occupé (happé dans une autre dimension) par un écran n’entend pas la demande ? ou ne voit pas le besoin ?

Imaginons la scène : découverte de l’ordre… (l’une des périodes sensibles dont nous pourrions parler dans un autre épisode). Petite demoiselle qui laisse échapper un « moi d’abord » au moment d’entrer dans la voiture, avec ses soeurs… Maman lui répond, presque machinalement : « tu ne vas pas faire ta princesse, ta soeur est devant toi, c’est elle qui monte d’abord »… et petite demoiselle, extrêmement contrariée, qui proteste, s’oppose, insiste, jusqu’à ce que maman craque et se fâche, l’obligeant, du coup, à monter en dernière position. Re-protestation, re-opposition, re-instance,… petite demoiselle craque, pleure et la situation dégénère…

=> Petite demoiselle est-elle une princesse tyrannique ? Fait-elle tout ce chantier juste pour ralentir tout le monde et énerver maman ? Dans la période sensible de l’ordre, l’enfant fait l’expérience de l’orientation dans l’espace et dans le temps, il est en train de comprendre (= « prendre en lui ») que les choses et les personnes peuvent avoir des places les unes par rapport aux autres et se faisant, il se dote d’un nouvel outil intérieur, tel un GPS, qui lui permet de construire son ordre intérieur. Petite demoiselle a « juste » besoin de s’essayer à mettre de l’ordre, c’est important en ce moment dans sa vie !

Prendre le temps de se laisser guider par les besoins de l’enfant peut nous simplifier la vie car on n’a pas besoin, dans ce contexte d’être, nous, en train de FAIRE un millier d’activités pour l’occuper, mais simplement nous laisser guider. La prochaine étape sera aussi de ne pas anticiper le problème et « l’accident » au profit de la capacité : petite demoiselle demande à monter la première, elle ne va pas devenir une princesse, elle a besoin d’expérimenter quelque chose, mais elle pourrait devenir tyrannique si on ne lui permet pas de le vivre car elle pourrait insister longuement. Parce qu’elle montre qu’elle veut vider le lave-vaisselle, petite demoiselle ne va pas tout casser, mais elle pourrait tout à fait réussir et même y prendre beaucoup de plaisir !

Laisser à l’enfant le bénéfice du doute et lui faire confiance : quel challenge !

 

Prochain épisode "je suis un parent à la maison avec mon/mes enfant.s : quand je lui propose des activités, il ne veut pas le faire ou bien il ne va pas au bout… »

lien vers le document en pdf : Episode 6 parents confinementEpisode 6 parents confinement (58.02 Ko)

mise à jour au 21 septembre 2020 :

 

Les inscriptions aux formations Montessori en orthophonie® 2021 sont ouvertes !!

 

Je reçois de nombreuses demandes pour rejoindre le groupe privé "Orthophonie et Montessori", mais je ne peux les accepter car ce groupe est réservé aux personnes ayant fait la formation.

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